Steve Frécinaux

Fahrenheit 451

Un livre brûle

Quand je parle, vous me regardez. Quand j’ai dit quelque chose à propos de la Lune, hier soir, vous avez regardé la lune. Jamais les autres ne feraient ça. Les autres me planteraient là et me laisseraient là. Ou me menaceraient. Personne n’a plus le moindre instant à consacrer aux autres. Vous êtes un des rares à pouvoir me supporter. Voilà pourquoi je trouve tellement bizarre que vous soyez pompier ; ça ne vous va pas du tout, dans un sens.

Ray Bradbury, Fahrenheit 451 (ISBN 2-07-041573-2)

Gui Montag est pompier. Mais dans ce monde futuriste où toutes les maisons sont ignifugées, les pompiers n’ont pas le rôle que nous leur connaissont. Sur leur équipement, le nombre 451, un symbole pour ces protecteurs d’un genre nouveau : 451°F, c’est la température à laquelle le papier s’enflamme et se consume. En effet, le rôle de ces pompiers est de préserver le bonheur immédiat de la population. Et pour cela, leur meilleure arme est le pétrole, car dans un monde dans lequel la lecture, entraînant à la réflexion, est déclarée hors-la-loi, leur mission est de brûler sans pitié ‘‘tous’’ les livres.

Mais Montag n’est pas un pompier ordinaire, et lorsqu’il rencontre Clarisse, soi-disant associale, mais surtout rêveuse et prompte à se poser des questions, il se met lui aussi à penser à un monde différent, et c’est là que tout bascule…

Dans ce livre écrit en 1953, Ray Bradbury dépeint une société gouvernée par les médias, pratiquant l’abrutissement des masses, et de laquelle toute culture et tout rapport humain semblent avoir disparus. Là-dedans, on peut (malheureusement) reconnaitre sans difficultés quelques facettes de notre propre société actuelle. Dans l’image du livre, ce sont tous ces aspects (culture, réflexion, mais aussi liberté de pensée, ou les relations humaines induites par le partage des idées qu’ils véhiculent) qui transparaîssent, et, même si le livre en lui-même n’a pas grande valeur, il y a là quelque chose à préserver…

Et vous, quel livre sauverez-vous ?